L’ARTISTE DU MOIS : CRUSCHIFORM

August 4, 2016

C’est promis, la fantastique série d’illustrations « Cabins » réalisée par Marie-Laure Cruschi va vous offrir un dépaysement total. Si vous ne les aviez pas encore repérées sur la toile, ces cabanes contemporaines immergées en pleine nature semblent sortir tout droit d’un rêve. La bonne nouvelle, c’est que ces habitations uniques sont de véritables projets architecturaux grâce auxquels elles ont pu voir le jour. Un beau projet à la frontière du réalisme et du fantasmé qui vous emmène en voyage.

UO : Salut Marie-Laure ! Parle-nous de ton parcours artistique, comment en es-tu arrivée à réaliser cette série d’illustrations ?

J’évolue dans le domaine des Arts Appliqués depuis que j’ai 15 ans. Mes années de lycée furent les plus formatrices. Mon bac STI Arts Appliqués en poche, j’ai pu ensuite intégrer 2 prestigieuses écoles parisiennes d’art : l’école Estienne et l’école des Arts Décoratifs, dans lesquelles j’ai choisi de me spécialiser dans l’illustration. J’ai débuté ma carrière en tant que directrice artistique en agence de communication visuelle. Puis en 2007 j’ai fondé mon Studio Cruschiform, afin de me consacrer à des projets plus proches de mes univers et de mes territoires de prédilection. Au fil du temps, j’ai approfondi mon savoir-faire en illustration, d’abord en signant des illustrations pour la presse, puis en développant des projets d’albums illustrés pour la jeunesse. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de travailler pour diverses agences de communication, pour de belles maisons d’éditions et des magazines culturels, sous les différentes casquettes, d’illustratrice, artiste et directrice artistique.





UO : Peux-tu nous parler du livre Cabins ? Qu’as-tu cherché à créer ?

J’ai été contacté par les éditions Taschen pour collaborer à la réalisation d’un important recueil d’architecture sur les cabanes contemporaines. Ma mission : réaliser un ensemble d’éléments visuels dont plus d’une soixantaine d’illustrations. Ces illustrations étant la principale porte d’entrée dans chaque projet architectural, mon principal défi (en tant qu’illustratrice) était alors de rester très fidèle à chaque architecture originale, tout en offrant une vision glorifiée qui puisse inspirer le lecteur, l’embarquer dans un voyage. Faire remonter des sensations et des souvenirs d’enfance était pour moi une clé importante à l’immersion.





UO : As-tu utilisé une technique particulière ou testé un nouveau procédé ?

Le livre CABINS fut pour moi autant un gros challenge qu’une merveilleuse opportunité de m’exprimer. Pour rendre compte de la diversité inépuisable des architectures, des paysages et des atmosphères, j’ai dû trouver une méthodologie de travail me permettant de renouveler mes illustrations tout en conservant une parfaite unité graphique. Pour cela j’ai choisi de focaliser ma sensibilité sur le jeu des lumières et des couleurs afin de déployer des ambiances aussi diverses et singulières que possibles, toujours en harmonie avec la cabane. De l’aube au crépuscule, des matinées d’hiver aux soirées d’été, j’y déploie un large spectre soulignant la singularité de chaque projet.





UO : L’environnement extérieur, les éléments naturels, la végétation luxuriante prennent autant d’espace et semblent aussi importants que la cabane en elle-même, c’était ton intention ?

Oui exactement ! Dans ce projet la question de l’environnement extérieur m’est apparu tout aussi important que la cabane en elle-même. Nature et architecture sont intimement liées. J’ai donc accordé beaucoup d’attention aux détails et à la végétation qui entoure la cabane. J’ai essayé de créer des images oniriques à la frontière du réalisme et du fantasmé, ou le temps est suspendu, chaque cabane sublimée dans son écrin de nature.





UO : Tes illustrations nous transportent dans un monde imaginaire, malgré des détails architecturaux rigoureux laissant deviner une technologie de pointe. L’illustration a-t-elle été un moyen de rendre l’architecture et sa précision plus légère ?

Oui, je crois que la singularité de cet ouvrage réside principalement dans l’intention initiée par l’éditeur de créer une passerelle entre architecture et illustration. À la différence de la photographie qui atteste et témoigne du réel, l’illustration fait plus immédiatement appel à notre sensibilité, elle invite à ressentir, à imaginer.





UO : La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas d’âge pour habiter dans une cabane, nos rêves d’enfants peuvent voir le jour. Penses-tu que ces constructions uniques et exceptionnelles peuvent devenir un phénomène de masse ?

Qu’elle soit perçue comme un exemple de retraite en vogue pour certain ou plus largement comme un modèle écologique par d’autres, l’image de la cabane semble raisonner universellement dans l’esprit d’une large génération. De part et d’autre du monde occidental l’habitat minimaliste à faible impact écologique fait son petit chemin en même temps que l’éveil des consciences à l’empreinte environnementale et le concept de décroissance. Un besoin de réconciliation avec la nature s’affirme. La cabane est un symbole philosophique et une alternative créative à toute personne en quête de plus de spiritualité.

UO : Cabane d’été, cabane d’hiver… Dans laquelle de tes cabanes aimerais-tu habiter ?

Je les aime toutes et j’ai déjà la chance d’en habiter une qui ne figure pas dans l’ouvrage. Elle se situe au cœur du parc national des Cévennes, dans le sud de la France. Certes, il ne s’agit pas d’une architecture contemporaine, mais j’y expérimente avec autant de plaisir le détachement matériel, la suspension du temps et la communion avec la nature.